La rue Vilin, vue depuis la rue Piat – Photo Willy Ronis
L’emplacement de l’actuel belvédère du parc de Belleville n’a pas toujours eu cet aspect et a été totalement bouleversé au cours des années.
Citons par exemple la rue Vilin, ouverte en1846, qui commençait rue des Couronnes pour déboucher rue Piat après une cinquantaine de marches.
La partie supérieure a été amputée en 1988 lors d’une opération de rénovation faisant place à de nouvelles habitations et au Parc de Belleville avec son belvédère.
L’ancienne rue Vilin avait été souvent photographiée (par Willy Ronis dont le belvédère a pris le nom en 2015, par Robert Doisneau, mais aussi Cartier Bresson, Henri Guérard, Michel Sfez, sans oublier l’excellent travail de François Xavier Bouchard en couleur et aussi celui de Michel Sfez)
L’écrivain Georges Perec qui a habité cette rue de 1936 à 1942 l’a souvent décrite, Robert Bober en a fait un film « En remontant la rue Vilin ».
Vidéo de la déambulation, avec Maxime Braquet à 2 mn48
En remontant la rue Vilin de Robert Bober
LES VOIX DE BELLEVILLE Un projet de Canal Marches soutenu par la ville de Paris et la Préfecture de Paris dans le cadre de la politique de la ville
Dès le 6e siècle, la colline de Belleville a été une terre agricole où l’on cultivait notamment la vigne. Au 13e siècle, la ferme de Savies tenue par des moines possédait 15 hectares de vigne qui étaient probablement situés, en partie, sur l’actuel parc de Belleville et produisait un vin réputé.
Mais d’un vin de qualité on passe au fil des siècles à un petit vin blanc aigrelet, le « vin guinguet », celui-là même qui a donné son nom aux guinguettes.
En 1989, une parcelle de 250 m2 a été plantée dans le parc de Belleville nouvellement créé, composée de 27 pieds de Chardonnay et 160 ceps de Pinot Meunier.
Aujourd’hui, les vignes de Belleville se composent de 166 plants, ce qui donne entre 80 et 100 bouteilles de Guinguet, un vin rosé de table sans prétention non accessible à la vente.
Panneau au croisement de la rue des Couronnes et de la rue Henri Chevreau
Avenue de Ménilmontant. Lithographie de Villain dʼaprès un dessin de Jules Van Marcke, vers 1825. Coll. part.
Dès le 18e siècle les parisiens nobles et bourgeois s’aventurent aux abords de Paris, dans un quartier de Belleville encore rural, pour y installer leurs maisons de campagne ou construire des « folies ».
Ce sont des maisons de villégiature ou de réception initialement isolées dans la campagne puis rejointes progressivement par l’urbanisation extensive.
On trouve encore quelques « folies » dans le 20ème arrondissement comme le Pavillon Carré de Baudouin ou le pavillon de l’Ermitage, ou certaines maisons comme au numéro 81 de la rue des Couronnes ou plus loin sur notre parcours au 110 boulevard de Belleville.
Immeuble, 166 rue de Belleville. Paris (XXème arr.). Union Photographique Française. Paris, musée Carnavalet.
Dès la fin du 19e siècle Belleville voit arriver des immigrants du centre de la France, les Auvergnats, qui créent des commerces de « Bois-charbon ».
Puis au début du 20e siècle, des Juifs de Pologne, chassés par les pogromes, s’installent et créent principalement des ateliers de tailleur.
C’est ensuite au tour des Arméniens, qui fuient le génocide, et des Grecs exilés de l ‘Asie Mineure par les conflits.
Ces populations contribuent au développement de l’artisanat déjà présent, et en particulier celui du cuir.
D’autres immigrations auront lieu après guerre, apportant leur savoir faire, notamment issues du Maghreb et plus particulièrement d’Algérie et de Tunisie, puis d’Asie.
La Villa Faucheur regroupait principalement des petits artisans et des logements modestes d’ouvriers souvent émigrés. Par villa il faut entendre une voie ou impasse bordée par des habitations, et non une riche demeure.
À cet endroit s’est également dressée l’usine Continsouza où ont été fabriqués des projecteurs de cinéma et des caméras. Les ateliers furent installés au 9 rue des Envierges dans la Villa Faucheur dès 1898. En 1914 la société emploie 1000 ouvriers, et l’usine s’étend jusqu’à atteindre la cour de la Métairie accessible par le haut de la rue de Belleville.
image publicitaire de l’usine Continsouza
En 1928 un important incendie détruit une bonne partie des bâtiments, privant de travail nombre d’ouvriers.
Durant l’occupation quelques résistants du groupe Piat y vécurent. En 1942 la cour de la Métairie fut utilisée comme lieu de rassemblement lors de la rafle du Vél d’Hiv, et plus de 4000 personnes du quartier furent déportées durant les années du régime de Vichy.
« Encore une victoire de l’immobilier : Belleville est tombé »Christiane Rochefort
Christiane Rochefort – 1966 – Document INA
Disparue depuis 1976, cette voieprivée a attiré nombres d’artistes, comme Christiane Rochefort, figure de la littérature, ou le peintreet graveurPierre Alechinsky. Dans son sous-sol de la villa Ottoz, l’écrivaine rédigera plusieurs de ses romans fameux, par exemple Une rose pour Morrison (1966) et Printemps au parking (1972).
Deux scènes du film culte Jules et Jim de François Truffaut ont été tournées à la villa Ottoz.
Ce petit coin disparu de Belleville abritait également des immeubles ouvriers avec la même particularité que beaucoup d’allées à Paris : des ateliers au rez de chaussée et un coin habitation à l’étage.
Il ne reste aujourd’hui que la grille, autrefois placée au numéro 37 de la rue, et maintenant déplacée au numéro 43.
Lien 4ème partie Maxime Braquet
INA – Clément Lépidis – 1982 Belleville se transforme :
Nous avons passé la rue Julien Lacroix où au numéro 72 se tenait l’échoppe d’Alexis Trinquet, ouvrier cordonnier communard qui combattit à Belleville lors de la semaine sanglante. Évoquons également d’autres figures de la Commune qui s’illustrèrent dans le quartier, comme Nathalie Lemel ou Paule Minck, communardes féministes qui animèrent des réunions publiques notamment à l’église Notre-Dame-de-la-Croix rue de Ménilmontant, jusqu’à la “semaine sanglante”, le massacre qui mit fin à la Commune.
Au niveau du 46 rue de Belleville se tenait un théâtre, inauguré en 1828 et disparu en 1962.
Cette illustration montre les transformations du quartier, comme nombre de bâtiments anciens qui ont disparu au profit d’imposants bâtiments rectilignes et à forte densité.
En 1932, il fut démoli et remplacé par un nouveau bâtiment dont seul le rez-de-chaussée offre une salle de spectacle. À partir de janvier 1937 et jusque dans les années 1940 il alterne entre théâtre et cinéma. En 1958, il est transformé en music-hall et ferme définitivement en 1962.
Cette partie du quartier a également changé avec l’arrivée d’une population asiatique, tout d’abord chinoise dans les années 1960-70 puis des pays d’Asie du Sud Est dans les années 1980.
Lien vidéo 5ème partie de la déambulation avec Maxime Braquet :
Panneau devant l’école élémentaire 38 rue de Tourtille
La communauté juive, très présente à Belleville, a été lourdement frappée dès 1942 avec la rafle du Vel d’Hiv.
« Se souvenir pour construire l’avenir », c’est l’objectif que se sont fixé dès 1997 d’anciens élèves de l’école de garçons de la rue Tlemcen à Paris, rescapés de la déportation, résistants, enfants cachés.
Après des recherches dans les registres de l’école, une première plaque fut apposée révélant que 163 enfants du groupe scolaire avaient été assassinés en déportation, victimes à la fois de la politique raciale de l’occupant nazie et de la collaboration zélée du régime de Vichy.
Ce fut le déclencheur d’un travail de mémoire étendu à tout le 20ème arrondissement avec la création de l’association « Comité de l’école Tlemcen », dont le but est d’entretenir la mémoire, lutter contre l’oubli, le négationnisme, l’antisémitisme, le racisme, dire ce que fut l’horreur de ce génocide, et rappeler que les idées du fascisme n’ont pas disparu et que nous devons rester vigilants, toujours.
En 1966, 400 travailleurs venant de Mauritanie, du Sénégal ou du Mali, français ou régularisés, travailleurs à Paris, logent dans une usine désaffectée, au 15 rue Bisson, dans des conditions insalubres.
Un collectif de soutien aux résidents regroupant voisin.es, associations et organisations de toute nature se constitue pour accompagner l’action des résidents en grève de loyers dans le but d’obtenir la création d’un nouveau foyer dans le quartier.
L’immeuble finira par être démoli pour laisser place à un bâtiment neuf. Le foyer réouvre enfin en janvier 1978. Mais en 1986 la Ville veut démolir ce nouveau foyer, promettant des relogements.
De nombreuses actions, dont juridiques, sont entreprises et donneront raison aux résidents. Cependant l’entretien régulier par le gérant du foyer est totalement négligé, et les résidents s’organisent alors en autogestion pour l’assurer et ce jusqu’en 2001. Une nouvelle gérance prend le relais, d’abord l’AFTAM puis Coallia, mais malfaçons et manque d’entretiens restent de mise et les résidents restent vigilants.
Le boulevard de Bellevilleséparait autrefois Paris de la commune de Belleville, qui fut annexée en 1860. Avant cela un long mur de 24km et 3m de haut, le mur des Fermiers Généraux, encerclait Paris, et une soixante d’ouvertures permettaient d’y entrer. L’objectif était de mettre en place la perception d’un impôt sur les marchandises entrant dans la ville.
De l’autre côté du boulevard, au numéro 63, nous pouvons apercevoir le Zèbre de Belleville.
Image Wikipedia
D’abord cinéma sous le nom de Nox en 1939, il est rebaptisé Le Berry en 1951 (pour rappel : en 1946 on ne comptait pas moins de 30 salles de cinémas dans le 20ème). Dans les années 80, il propose également des concerts et est rebaptisé Le Berry Zèbre.
En 1994, après maintes péripéties, le voilà muré, fauteuils arrachés et écran crevé. La lutte pour sa réouverture s’organise, avec des concerts de Jacques Higelin, Richard Bohringer, Les Garçons Bouchers, les Têtes Raides… Mais il restera muré jusqu’en 1999, date à laquelle des travaux sont enfin lancés. En 2003 il réouvre et se décrit désormais comme le « plus petit cabaret d’Europe ».
Plus loin, au 124-126 boulevard de Belleville, se tenait la « Goutte de lait ». A la fin du 19e siècle, sont mises en place des « Gouttes de lait » destinées à diminuer la mortalité infantile par une meilleure alimentation. La surveillance de la croissance du nourrisson y est organisée (pesée, soins, distribution de lait). Ce lieu deviendra ensuite le centre social Elisabeth puis la Maison de Bas-Belleville, dont les locaux ont été transférés au 5 rue de Tourtille suite à la fermeture du site pour des raisons de fragilité du bâtiment.
A l’angle de la rue de Belleville, dans le café La Vielleuse, le miroir zébré et décoré représentant une vielleuse se veut le rappel d’un évènement survenu à la fin de la Première Guerre mondiale, quand la glace se fissura du souffle de l’explosion d’un obus tiré par un canon allemand de longue portée et tombé près du café.
C’est sur le trottoir du Bd de Belleville, près de la Vielleuse, qu’un atelier d’initiation à la vidéo, organisé par Canal Marches en 2013, a tourné ce vidéo-trottoir donnant la parole aux habitant-es :
Belleville – un autre monde est possible ?
Autre vidéo bellevilloise : A la recherche des cinémas disparus :